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07 juin 2006

Nanoperspectives - Les enjeux géopolitiques, militaires et démocratiques

Demain, jeudi 8 juin, Vivagora boucle son cycle 2006 de débats (à Paris, mais ça continue à Grenoble), et vous donne rendez-vous à la Cité Internationale Universitaire de Paris, à partir de 19 heures. (Salon Appell, Maison internationale de la Cité internationale universitaire, 17 boulevard Jourdan, 75014 Paris, RER B : Cité universitaire).

La puissance nanotechnologique est un enjeu de domination et de monopole militaire. Pour contrer cette tendance, un processus informel de dialogue international « pour le développement de nanotechnologies responsables » est amorcé. Des groupes associatifs comme ETC Group y participent et demandent aux Nations unies de mettre en place une « Convention pour l’évaluation des nouvelles technologies ».

  • Quels sont les nanoprojets militaires et leurs conséquences sur le système de R&D ?
  • Quelles peuvent être les répercussions géopolitiques du développement et de l’appropriation des nanotechnologies par les pays riches ?
  • Quels sont les exemples d’avancées dans la prise en charge collective de ces enjeux ?

Avec Renzo Tomellini, chef de l’unité Nanosciences et nanotechnologies, DG recherche, Commission européenne, Alain de Nève, Analyste de défense, Institut royal supérieur de défense et réseau multidisciplinaire d’études stratégiques, Belgique, Pat Mooney directeur ETC Group, Canada, Françoise Roure, économiste au Conseil général des technologies de l’information, ministère de l’économie et des finances, Tom Wakeford, sociologue et coordinateur de Nanojury, Bioscience Centre, Newcastle, Grande-Bretagne, André Lebeau, ancien président du CNES, auteur de "L’engrenage de la technique - Essai sur une menace planétaire".

Pour voir le programme complet, et le compte rendu des autres débats, cliquez ici !

A noter aussi que dès ce soir, dans le cadre d'un partenariat avec Vivagora, France Inter réalisera son téléphone sonne d'aujourdhui, mercredi 7 juin, sur le thème " Devons-nous avoir peur des nanos ? "

L'émission aura lieu comme d'habitude en direct entre 19h20 et 20h00  et sera dirigée par Denis Astagneau avec Sophie Becherel. Seront présents pour ce plateau : Bernadette Bensaude Vincent,  Louis Laurent et Benoit Hervé-Bazin.

22 mai 2006

Placer la biodiversité au coeur des débats

Aujourd'hui, à l'occasion de la journée mondiale de la biodiversité, Hubert Reeves et la Ligue ROC lancent le site : Biodiversité 2007.

Ce site est, comme le dit Hubert Reeves dans son éditorial d’accueil, un "outil politique, au service de la démocratie participative pour enrichir la démocratie représentative".

Parce que nous sommes tous concernés, parce qu’au moment de choisir nos représentants et un nouveau président en 2007 nous devrons connaître les propositions des candidats, parce qu’il est important de faire aujourd’hui des propositions pour ne pas rester passifs face à la crise, Biodiversité 2007 est un site à découvrir et à faire connaître.

Travail collectif réunissant de nombreuses associations, comme la Ligue ROC, le comité français pour l'UICN, France Nature Environnement, la LPO, Semences Paysannes, et d'autres à venir, ainsi que des citoyens de tous horizons, ce site a vocation à s'enrichir des contributions de ses partenaires, dans un esprit d'ouverture.

Sa réalisation a mobilisé des scientifiques, comme Hubert Reeves, Bernard Chevassus-au-Louis, Robert Barbault ou Jacques Weber, des responsables d'associations, des experts techniques (fiscalistes, gestionnaires d'espaces naturels, etc.), des juristes, afin de replacer sur des bases neuves la question de la biodiversité, et faire des propositions concrètes à tous les niveaux.

Le site s'enrichira de ces propositions au fur et à mesure de leur élaboration, mais aussi de ressources scientifiques précises, et enfin de l'actualité politique, notamment des discours et propositions des candidats et partis sur le sujet de la biodiversité et de la gestion du patrimoine naturel.

Un site à découvrir ici. (http://www.biodiversite2007.org)

07 avril 2006

Normalisation, innovation, complexité

J'ai pu assister dans la soirée du 6 avril a un débat organisé par l'association Vivagora, dont l'objet principal était l'usage des nanotechnologies dans notre quotidien, notamment dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Au cours de la soirée, de nombreuses digressions intéressantes nous ont conduit à réfléchir à la notion de normes, à leurs finalités, à la façon dont elles sont élaborées et finalement à la question de savoir qui les édicte, et qui en bénéficie.

Au départ, tout paraît relativement simple : Le travail de normalisation peut répondre dans certains cas à une volonté du législateur, qui fixe quelques « règles du jeu » minimales. Mais il répond surtout, en théorie, au besoin de rendre « interopérables » et « communicants » les systèmes entre eux, et surtout à faciliter leur mise sur le marché et leur circulation dans une économie mondialisée.

Au final, c'est surtout de luttes de pouvoirs pour savoir qui contrôlera le marché qu'il s'agit. La norme devient une arme clé dans la guerre économique. Qui contrôle la norme, et de préférence au niveau le plus « bas », et au niveau le plus fin, contrôle le marché. Vous êtes le premier à mettre sur le marché une nouvelle technologie ? Inondez le marché au plus vite, et surtout fréquentez assidûment les instances de normalisation et prodiguez leur généreusement vos conseils. Vous arrivez après, mais qu'importe, vous êtes plus gros, plus riche et plus puissant que votre concurrent ? Concevez votre propre norme, si possible à l'aide de quelques alliés puissants, et vous  évincerez « en douceur » votre adversaire. Tout ceci bien sûr dans l'intérêt du consommateur, puisqu'il aura à sa disposition des produits « standards », maîtrisés, sûr et communicants.

On se souvient par exemple de la guerre des standards pour les cassettes vidéos, de celle sur les téléphones mobiles, ou encore, aujourd'hui, sur les fameuses étiquettes dites intelligentes (RFID). Le plus souvent, plusieurs acteurs puissants s'organisent et passent une alliance pour définir le futur standard du marché. Dans le domaine des systèmes d'exploitation pour ordinateurs personnels, on est bien obligé de constater qu'un acteur du marché fixe à lui seul le standard de fait, depuis maintenant une vingtaine d'années. C'est donc, dans l'intérêt de l'utilisateur bien sûr, une sorte « d'oligarchie » économique qui met au point et édicte les standards qui lui conviendront, à elle, et lui permettront de consolider sa domination sur le marché. Dans un système théoriquement dominé par le marché (l'utilisateur), c'est bel et bien le fournisseur, et non le client, qui fixe la norme.

A l'opposé du concept d'émergence (bottom-up) sur lequel je reviendrai plus loin, c'est bien une approche top-down qui domine.

Quelles en sont les implications ? J'en vois trois principales :

  1. Malgré la transparence théorique du produit fini (la norme), le processus qui conduit à son élaboration se fait essentiellement sans impliquer l'usager, qui au passage est aussi un client et un citoyen. La norme étant généralement un document technique destiné à des techniciens, sa compréhension échappe largement aux citoyens, et relève des seuls experts.  De nombreux aspects éthiques sont souvent « oubliés » dans la réflexion (Où sont les données ? Qui peut les lire ? Pendant combien de temps sont elles conservées ?), ou ressurgissent, trop tard, sous forme de polémiques interminables.

  2. Ce mode d'élaboration des normes techniques installe de fait une coupure vis à vis de l'usage qui sera fait effectivement de l'outil, et des motivations réelles de l'usager. Vieille question qui agita jadis les évolutionnistes : Est-ce l'organe qui crée la fonction ? (L'outil qui fait l'usage ?) ou la fonction qui crée l'organe (l'usage qui détermine l'outil ?). Combien de fois sommes nous, simples usagers, obligés de nous adapter à un outil répondant mal à nos besoins, alors que nous aurions tant aimé avoir un outil qui s'adapte à notre usage...

  1. Enfin, et c'est peut être le plus grave, je vois dans tout cela comme une négation de la complexité du monde réel, des dynamiques d'interactions sociales, culturelles, et environnementales, et des ruptures que sont susceptibles d'introduire certaines innovations. Comme une dangereuse volonté de simplification forcée. Réductionnisme et déterminisme contre approche systémique et globale ? Si c'est le cas, c'est à une extrême fragilisation du système, dans son ensemble, qu'il faut s'attendre. Comme un château bâti sur des sables mouvants. Forcer son environnement à s'adapter, plutôt que de s'adapter à son environnement est hélas bien dans les habitudes de l'humanité, depuis quelques milliers d'années en tout cas. Mais nous constatons aujourd'hui les limites de cette attitude...

Alors quelles réponses apporter, face à ce constat ?

Faisons preuve d'un peu de modestie, et prenons exemple sur le vivant : Celui-ci nous inspire déjà, à travers le « biomimétisme », de nombreuses innovations technologiques (je citerai par exemple le « Velcro ». Peut-être peut-il aussi nous inspirer une autre façon d'innover. Depuis 3,8 milliards d'années, sans interruption, le vivant est là. Il a su s'adapter à des bouleversements prodigieux de son environnement, en s'adaptant et en innovant sans cesse. Que nous apprend-il ?  Que l'innovation ne suit pas un processus linéaire, mais au contraire chaotique. Qu'il n'existe d'équilibres qu'en mouvement, dynamiques, comme un cycliste qui tombe s'il cesse d'avancer. Que la complexité est là, et que c'est à nous de nous y adapter. Elle peut même être une source d'enrichissement et une véritable « assurance vie » face à l'incertitude. Alors que vouloir tout simplifier revient à mettre la tête dans le sable. Enfin, dans le vivant, et à quelque niveau d'analyse que l'on se place, c'est le « bottom-up » qui gouverne l'évolution. Le « top down » n'existe pas, sauf à prendre à la lettre les thèses créationnistes. C'est bien « d'émergence » qu'il s'agit, lorsque qu'apparaît un niveau d'organisation supérieur, et lorsque les propriétés d'un système deviennent supérieures à celle des éléments qui le compose. C'est aussi d'émergence que l'on parle lorsque une espèce (une innovation) qui se trouve être bien adaptée à son environnement s'y épanouit, au moment ou d'autres disparaissent. Pour clore cette comparaison avec le vivant, cette petite métaphore, forcément simplificatrice : L'espèce qui réussi (l'innovation) n'est pas celle qui est imposée par son créateur (le fournisseur) à un environnement (la société) hostile ou simplement sceptique. C'est celle qui, tout simplement, saura y trouver sa place.

C'est à nous tous, consommateurs tout autant qu'industriels, que s'adressent les leçons de cette « écoute du vivant ».

En tant qu'usagers, nous devrions sans doute nous réapproprier les outils. Ne pas « accepter sans comprendre », ce qui ce passe dans toutes ces « boîtes noires » qui font désormais notre quotidien, mais réfléchir à leurs apports réels, à leurs impacts sur nos vies, et à ce que nous voulons vraiment. Mieux les maîtriser nous aidera à mieux maîtriser notre futur. Et gardons à l'esprit ces questions : Qui asservit qui ? L'outil sert-il mes objectifs, ma volonté ? Ou, comme l'anneau de Frodon, m'impose t-il sa propre volonté ?

En tant que producteur d'innovation et acteurs économiques, les entreprises (et les administrations concernées) seraient peut-être bien inspirées de réfléchir à la façon d'innover autrement, en écoutant l'ensemble des parties intéressées, en acceptant la complexité et les contradictions, voire ce qui leur semblera relever de « l'irrationnel » chez leurs interlocuteurs. Sur le processus d'innovation lui même, le monde du logiciel libre, sur le modèle de « la cathédrale et le bazar » montre peut être la voie. L'outil y est le résultat d'un travail collaboratif, d'itérations nombreuses et « chaordiques » entre utilisateurs et développeurs, ce qui permet une personnalisation poussée et une adaptation fine de l'outil à l'usage qui en sera fait.  La norme existe, mais elle résulte de ce même processus, et répond à un impératif simple : Nous devons communiquer pour travailler et produire ensemble. Enfin, la question du « sens » d'une innovation, et de son impact à court et long terme sur les comportements, la cohésion sociale, les libertés individuelles, les cultures et l'environnement devrait être présente tout au long du processus d'innovation et de normalisation. « L'éthique » de l'innovation (et pas seulement en biologie et en médecine, ou ces questions sont déjà présentes et mêmes réglementées) est une discipline encore à inventer.

03 avril 2006

Un nouvel outil pour développer notre société ?

Un appel, une proposition, qui m'a semblée originale et intéressante, tout à fait dans l'esprit d'une "intelligence collective", à créer, à encourager et à animer. Je vous laisse découvrir :

- Pourquoi lors des élections, avons-nous l’impression de choisir le candidat le moins pire ?
-  Pourquoi voulons-nous remplacer notre modèle de société parce qu’il a pour seule norme le profit ?
-  Pourquoi ne croyons-nous plus que nous vivons dans le meilleur pays du monde ?
- Pourquoi avons-nous l’impression que les stratégies du président Bush nous amènent au bord du chaos ?


Réponse pour une société qui veut retrouver le goût de l’avenir
Aujourd’hui notre société est divisée en deux : les mondialistes vs les alter mondialistes, les générations montantes vs les boomers, les intellectuels de la capitale vs les immigrants des banlieues, etc. Ces divisions semblent nous empêcher de faire des choix donc de progresser. Dans certains journaux, on accuse même les citoyens de résistance aux changements.

La morosité ne vient pas de nos divisions, mais du fait que les citoyens que nous sommes n’avons plus aucun pouvoir concernant les décisions qui nous concernent. Plus de la moitié des gens pensent que la belle vie est désormais derrière eux. La publicité et la télévision nous ont isolés les uns des autres, sans solidarité nous perdons des pouvoirs qui nous appartiennent.

Proposition
Nos dirigeants actuels semblent souffrir d’un déficit de réflexion parce qu’ils sont sans points de repère dans une société en rupture. Ils ne gèrent plus que le court terme (à peine quatre ans) et ont abandonné la planification du long terme. De plus, notre société est arrivée au bout de la logique qui a été choisie en 1945 : notre modèle de société a épuisé sa durée de vie utile. Nous devons apprivoiser les nouveaux mécanismes qui font basculer notre société du stade industriel au stade postindustriel si nous voulons inventer un nouvelle façon de vivre ensemble. Le réseau ConstellationW offre deux outils :

1- Un modèle de la société du savoir. Ce modèle peut devenir un instrument de pilotage de notre développement, un outil capable de gérer l’interdépendance entre les acteurs qui cherchent les consensus capables de rendre ce développement durable.

2- Une plateforme électronique pour que les citoyens développent ces consensus ; donc un cadre de réflexion collective sur ce qui devrait devenir notre société. Voir en pièce attachée la liste des groupes de collaborateurs qui participent au démarrage de ce réseau.

Le réseau Constellation sera inauguré à Paris le 4 avril prochain lors du colloque INTRACOM 2006 :  http://intracom-paris.com/

Michel Cartier

Pour en savoir plus : http://www.constellationw.com

19 février 2006

Ouverture du site "Science et démocratie"

tPour accompagner une demande citoyenne grandissante de participation aux choix scientifiques et technologiques, l'association Sciences et Démocratie a mis en place et anime un site de débats en ligne qui a pour rôles de contribuer à la diffusion des savoirs et de permettre l'élaboration collective de recommandations à destination des décideurs politiques. S'inspirant à la fois du modèle des conférences de citoyens et des communautés sur le web (wikis, forums, blogs…), la méthode de débat proposée sur ce site par Sciences et Démocratie permet de combiner expertise, pédagogie et participation citoyenne. Elle s'appuie sur un travail d'animation du débat et de structuration des idées. En faisant appel à toutes les formes d'expertise et en donnant une large place aux citoyens, l'association souhaite permettre la constitution de dossiers complets, accessibles à tous et sans parti pris.

Le site de débats www.sciences-et-democratie.net est ouvert à tous. Il s'adresse d'abord aux citoyens que les questions « science société » intéressent, et a vocation à devenir rapidement un outil de dialogue entre citoyens, chercheurs, industriels…

11 février 2006

Manifeste des libertés

"De même que l'Europe n'est pas la seule affaire des Européens, l'Islam n'est pas la chose exclusive des musulmans".

"Nous sommes des femmes et des hommes porteurs des valeurs de la laïcité et du partage dans un monde commun. Liés par nos histoires singulières, et de différentes manières, à l’Islam, ayant pris la mesure des graves crises qui le traversent, nous avons décidé de nous mobiliser pour créer les conditions politiques et intellectuelles d’une culture de la liberté. Espace d’une civilisation hétérogène, irréductible au seul fait religieux et aux seuls musulmans, l’Islam est aujourd’hui, et pour quelque temps encore, un lieu qui cristallise dans le monde globalisé nombre de ses périls : fascisme identitaire et emprise totalitaire, guerres civiles et coloniales, despotismes et dictatures, inégalité et injustice, haine de soi et haine de l’autre, au milieu de violences politiques, religieuses et économiques extrêmes. À ces forces de destruction, dont ce lieu est à la fois la source et la cible, nous voulons nous opposer par une action publique, ouverte à toute personne, sans distinction de naissance ou d’appartenance, qui souscrit aux engagements que nous considérons comme nécessaires, afin d’ouvrir un nouvel horizon à l’espoir."

Lire la suite et découvrir l'association du Manifeste des libertés.

Pourquoi je soutiens cette initiative :

Je n'en sais pas plus que ça sur qui en est à l'origine, mais j'en approuve le texte fondateur, notamment la phrase en exergue (en italique). L'Islam est en crise, c'est en tout cas ce que je ressens en tant que non musulman. Il fait la une de l'actualité, mais pour les pires raisons : 11 septembre, victoire électorales des groupes les plus radicaux (en Iran, en Palestine), obscurantisme, oppresssion des femmes, terrorisme, et pour finir, cette affligeante affaire de carricatures. Sur ce dernier point, je ne puis qu'être d'accord avec Eric Emptaz, du Canard Enchaîné, et Philippe Val, de Charlie Hebdo : Les fameux dessins danois à l'origine de toute cette affaires sont médiocres, même pas drôle, mais la réaction téléguidée qui a suivi, à retardement (les dessins ont été publiés à l'origine en septembre 2005), est consternante.

Personne ne ferait, s'agissant des chrétiens, l'amalgame entre Torquemada et Théodore Monod, pour prendre deux exemples extrèmes. Ne réduisons donc pas l'Islam à l'Islamisme, à Al Qaida et au Hamas. L'Islam est aussi à l'origine de traditions authentiquement humanistes, par exemple le soufisme. La crise actuelle n'est pas une fatalité, et elle n'est pas le problème des seuls musulmans.

« Mon cœur est devenu capable de toutes les formes. Une prairie pour les gazelles, un couvent pour les moines, un temple pour les idoles, une Ka’ba pour le pèlerin, les tables de la Torah, le livre de l’Amour, et quelque direction que prenne sa monture, l’Amour est ma religion et ma Foi. »
Ibn Arabi, Soufi Andalou
(1165 – 1240)

24 janvier 2006

Dieu et l'écologie

Dieu_eco Il y a un an, j'avais été frappé par cette interpellation lancée par Edward O. Wilson, lors de la conférence de la Biodiversité à l'UNESCO : « On sont les grandes religions ? » lançait-il, « Où est leur mobilisation sur cette question ? Leur silence est étonnant car, pour un croyant, c'est la Création qui disparaît sous nos yeux ! ».

Qu'on soit croyant ou non, la position des grandes religions sur les questions liées à l'environnement et à la biodiversité est intéressante à analyser. Ne serait-ce que parce que les trois religions du livre (chrétienne, juive, musulmane) exercent au plan mondial une influence énorme sur les affaires publiques (je ne crois d'ailleurs pas à un quelconque "déclin" ou "rebond" des religions et de leur influence - globalement, en tenant compte des variations locales, leur influence sur le politique est réelle et quasi constante depuis qu'elles sont là).

Ne serait-ce que parce qu'elles se sont toujours nourries de leur époque, et que leurs fidèles - et leurs cadres - sont ancrés dans le terrestre et le temporel, elles ne peuvent pas rester en dehors des questions liées à l'écologie (et elles ne le sont d'ailleurs pas). D'autres traditions religieuses, parfois issu de traditions plusieurs fois millénaires comme le bouddhisme, l'animisme ou le chamanisme, apportent un éclairage souvent original et intéressant sur la relation homme / environnement.

Sans opposer foi et raison ou connaissance et croyance, mais au contraire en s'appuyant sur leurs complémentarités, l'écoute et le dialogue entre religions, mais aussi entre croyants et non croyants, me paraît plus utile que jamais, pour tenter d'apaiser un peu les tensions de notre monde, et essayer de construire un avenir commun.

Le numéro spécial "Pourquoi Dieu a inventé l'écologie" de l'hebdomadaire chrétien « La Vie » vient donc à point nommé, comme une réponse à l'appel d'E. O. Wilson, mais aussi au "choc des civilisations" que certains croient voir dans notre époque.

Entre l'homme et la nature, on parle parfois de "réconciliation", ou de "nouvelle alliance". Quand on veut changer le monde, il faut faire avec ses habitants, et les prendre comme ils sont. La voie du dialogue, la recherche de compromis, des "tensions fécondes" est souvent moins glorieuse et plus laborieuse que la recherche d'absolu, l'affrontement, l'opposition parfois vaine. Mais n'est elle pas la seule envisageable ?

Et si on prenait un peu de recul ?

"Dieu les bénits et leur dit : "Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent à terre"
- La Genèse

"La conscience spirituelle est la plus haute forme de politique. Nous devons vivre en harmonie avec le monde naturel et comprendre que son exploitation excessive ne peut que mener à notre propre destruction"
- Chef Iroquois Leon Shenandoah

18 janvier 2006

Où est la richesse des nations ?

J’ai suffisamment critiqué sur ces pages, et dans d’autres tribunes, l’inadéquation des indicateurs de performances économique traditionnels, comme le P.I.B., pour ne pas me réjouir de cette nouvelle avancée vers une comptabilité écologique, émanant cette fois-ci de la Banque mondiale.

Le reproche principal fait aux indicateurs classiques est de ne pas prendre en compte les externalités des activités économiques et des politiques publiques, c'est-à-dire leurs effets directs et indirects, positifs ou négatifs, sur l’environnement et les ressources naturelles.

Ces externalités ayant in fine un coût, leur non prise en compte revient à en reporter la charge sur la collectivité, et sur les générations futures. De même, la non valorisation des services écologiques et des ressources naturelles dans de nombreuses évaluations économiques revient à en biaiser le sens, et bien souvent à masquer le fait que la croissance se fait « en mangeant le capital », ce qui est évidemment contraire au bon sens économique élémentaire.

Ce rapport de la Banque mondiale « Où est la richesse des nations ? » propose deux nouveaux indicateurs et formule quelques recommandations concrètes.

Les indicateurs proposés sont :

-         L’épargne réelle par habitant (tenant compte de facteurs comme l’investissement dans l’éducation, la pollution et l’état réel des ressources naturelles),

-         La valeur de la richesse naturelle par habitant, reconnaissant ainsi et valorisant le « capital naturel » des nations, dont l’économie de ce que l’on appelle pudiquement les PMA (Pays les moins avancés), dépend souvent largement.

Le rapport propose aussi un certain nombre de mesures concrètes, notamment l’utilisation des ces nouveaux indicateurs pour le suivi des progrès réalisés dans l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), et suggère de renforcer la recherche, notamment pour poursuivre l’inventaire des services environnementaux et déterminer leur contribution réelle au développement.

Le rapport complet (200 p.), publié en anglais, est disponible sur le site de la Banque mondiale à cette page. Il a fait l’objet d’une excellente synthèse (17 p.) en français que je vous Propose ici  en vous en recommandant vivement la lecture.

L’autre bonne nouvelle, c’est que malgré tout ce qu’on peut en dire, il existe un certain niveau de transversalité au sein du système onusien, puisqu’à la Banque mondiale, non seulement on a lu le rapport sur l’évaluation des écosystèmes, mais en plus on en a tenu compte.

Reste à généraliser l’utilisation de ces indicateurs pour la gouvernance des nations, à en assurer la transparence, et à mettre en œuvre les recommandations du rapport.

10 janvier 2006

Hécatombes

Etre porteur de mauvaises nouvelles n'est pas un boulot agréable, ni un rôle facile à endosser.

Le prophète de malheur, celui qui annonce les catastrophes à venir, est un oiseau de mauvaise augure, qu'on s'efforce de ne voir ni d'entendre, afin de profiter encore un peu de l'insouciance du moment. Mais que dire alors de celui qui vous décrit se qui se passe sous vos yeux, maintenant.

Il faut pourtant bien revenir sans cesse sur certains sujets, pour aller au delà d'une prise de conscience émergente, et surtout insister, encore et encore, sur l'urgence de passer à l'action.

L'effondrement de la biodiversité au niveau planétaire fait partie de ces mauvaises nouvelles qu'on voudrait pouvoir ignorer encore un peu. Mais les faits sont là : Quelques soient les biais d'observation et les marges d'erreur, il y a un consensus scientifique mondial pour considérer que le rythme d'extinction des espèces est actuellement de 1.000 à 10.000 fois supérieur au rythme "normal". Les espèces disparaissent avant même d'avoir été décrites ou même seulement inventoriées.

Les temps géologiques sont ponctués par 5 "extinctions de masse", la plus sévère étant celle qui a mis fin à l'ère primaire, à l'articulation entre le Permien et le Trias, et la plus médiatisée étant celle qui marque le passage entre l'ère secondaire et l'ère tertiaire, à la fin du Crétacé, et qui a provoqué la disparition des dinosaures. Or, le rythme d'extinction actuel est tel qu'on peut désormais parler d'une sixième extinction de masse. Et celle ci se déroule sous nos yeux, nous en sommes la cause principale, et elle nous concerne directement.

C'est, au delà des espèces, des écosystèmes complexes, des dynamiques d'interactions et des mécanismes régulateurs sophistiqués qui disparaissent sous nos yeux, et avec eux, leurs effets indispensables pour notre qualité de vie, comme la régulation des climats, celle du cycle de l'eau ou du cycle du carbone, la fixation des sols et, plus largement, tout ce qui entretient la résilience(1) de notre "maison commune".

Non seulement nous savons que les écosystèmes s'effondrent, mais nous savons comment, et pourquoi. Les causes majeures sont au nombre de 5 (L'ordre dans lequel je vais les énoncer ici ne doit rien au hasard, mais il est bien sur variable selon les contextes locaux et les espèces et écosystèmes considérés :

  1. Le bouleversement climatique en cours, et surtout le rythme auquel il a lieu, ne laisse pas le temps aux écosystèmes de s'adapter,
  2. La destruction des habitats, notamment la déforestation, ou encore le dragage intensif des plateaux continentaux,
  3. Les bouleversement induits par les espèces "invasives", introduites artificiellement par l'homme, volontairement (comme le chat ou le lapin en Australie) ou involontairement (comme la moule zébrée, introduite dans les grands lacs américains avec les eaux de ballast des cargos),
  4. Les pollutions chimiques et organiques persistantes,
  5. La surprédation (c'est notamment le cas dans les océans, où la surpêche est là une des principales causes des extinctions en cours).

La disparition d'une espèce ou la destruction d'un écosystème, par leur irréversibilité, sont en eux même dramatiques. Mais au delà, leur gravité vient aussi du fait qu'ils sont annonciateurs d'autres hécatombes, humaines celles là. De nombreuses populations dépendent directement pour leur survie des ressources qu'elles vont prélever dans la forêt ou dans la mer, et sont menacées par la surpêche ou la déforestation. D'autres dépendent de l'agriculture et sont menacées par l'érosion des sols et l'avancée des déserts. Enfin, la raréfaction de certaines ressources, notamment le bois, les produits de la pêche et surtout l'eau, laisse craindre des conflits armés pour le contrôle de ces ressources, comme ce fut le cas pour l'or, le charbon, ou comme ça l'est encore pour le pétrole.

Le rôle des prophètes de malheur, c'est de se tromper. C'est de parler suffisamment fort pour que leurs prophéties soient entendues à temps, avant qu'il ne soit trop tard.

Noé, en parcourant les rues en tenue de deuil, annonçant les désastres à venir, n'a pas été entendu des foules. Seuls quelques justes l'ont rejoint le soir dans son atelier, lui proposant de l’aider pour la construction de l'Arche, afin que "cela devienne faux". (1)

Il s'agit là bien sur d'une fable, d'une métaphore. Ce n'est pas en construisant une quelconque arche, un refuge privilégié, que nous règlerons quoique ce soit. C'est un ensemble d’actions diffuses, à tous les niveaux, qu'il faut maintenant d'urgence engager. Ce n'est pas seulement de l'engagement de quelques justes que nous avons besoin, mais d'une adhésion collective la plus large possible, et de la participation active de chacun des acteurs de la société.

Le pire peut toujours être évité, mais il ne suffira pas de se répéter en boucle, jusqu'à l'impact final : "jusqu'ici tout va bien" ! 

Nos connaissances sont certes encore lacunaires, mais largement suffisantes pour comprendre qu'il est temps d'agir et pour savoir comment agir. Nous savons maintenant identifier les "point de bascules", ces seuils critiques ou tout peut basculer irréversiblement. Il est maintenant urgent d'en faire l'inventaire, au plan mondial, et d’agir là où il le faut pour inverser les tendances, et restaurer les écosystèmes au profit des populations locales, et, in fine, au de l'humanité entière.

(1) : La résilience est la capacité d'un système à "encaisser les coups", et retrouver son état initial après un traumatisme.

(2) : Voir "Petite métaphysique des tsunamis" de Jean-Pierre Dupuy (Le Seuil – 2005).

Pour en savoir plus :

Voir aussi, sur le site Noolithic :

29 décembre 2005

Bêtise et cruauté ...

Deux infos diffusées ce matin sur la liste de discussion de la FNH, que j'ai hésité à relayer, tant elles sont révélatrices de notre nature, devrais-je dire de notre bêtise, notre cupidité et notre cruauté.

Mais il vaut quand même mieux regarder la réalité en face, lucidement, que de s'enfouir la tête dans le sable, même si parfois on en a vraiment envie.

La première concerne le Parc Naturel de Guyane, dont la création (prochaine ?), treize ans après les premières annonces, pourrait avoir comme conséquence paradoxale d'autoriser l'orpaillage dans certaines zones périphériques du parc, là ou il est actuellement illégal. Faut-il rappeler que l'orpaillage est un des plus flagrants symbole de ce que notre cupidité peut faire subir aux populations locales, à l'écosystème et à la biodiversité : pollution au métaux lourds, érosion, déforestation, paludisme...
L'article pointe, une fois de plus, le manque d'intérêt (c'est le moins qu'on puisse dire) des élus locaux pour les questions liées à l'environnement et à la santé.
Clientélisme ? Corruption ? Conflits d'intérêt ? En l'absence d'engagement clair des élus et d'effort de transparence de leur part, chacun en tirera les conclusions qu'il peut.
C'est à lire là...

L'autre concerne le récit d'un naturaliste irlandais, Iolo Williams, de retour de Bornéo ou il a réalisé un reportage filmé sur la déforestation et le traitement infligé aux Orang Outang. Ce qu'il y a vu dépasse tout ce qu'il (et ce qu'on) pouvait imaginer en horreur et en ignominie. Tortures, massacres, volonté délibérée de faire disparaître l'Orang Outang, considéré par les trafiquants de bois tropicaux comme des gêneurs. "Ce reportage fut l'un des plus horribles sur lequel j'ai jamais  travaille durant mes 22 années d'expérience" ; "Ce que j'ai vu était si abominable que  cela m'a privé de tout espoir quant à la nature humaine". Tels sont les propres termes de Iolo.

Son récit, publié initialement le 21/12 dans le quotidien irlandais Western Mail, est à lire ici.

Ces deux exemples semblent montrer une opposition, apparente, entre les intérêts des populations locales et celle de la préservation de leur écosystème. Quelle tristesse. Tant que nous resterons dans cette erreur, et qu'on opposera développement local à préservation des milieux, nous serons dans l'impasse. La vraie richesse de la Guyane, ce n'est pas l'Or, c'est son environnement privilégié et sa biodiversité remarquable. Des projets d'écotourisme pourraient s'y épanouir et apporter bien plus, et de manière plus juste, aux populations locales, que l'exploitation de ses maigres ressources en Or au profit de quelques uns. Quand à la déforestation effrénée conduite par quelques réseaux mafieux à Bornéo et à Sumatra, au mépris des populations locales, où conduira-t-elle ? Que feront les habitants lorsque la forêt ne sera plus là ?

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