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07 avril 2006

Normalisation, innovation, complexité

J'ai pu assister dans la soirée du 6 avril a un débat organisé par l'association Vivagora, dont l'objet principal était l'usage des nanotechnologies dans notre quotidien, notamment dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Au cours de la soirée, de nombreuses digressions intéressantes nous ont conduit à réfléchir à la notion de normes, à leurs finalités, à la façon dont elles sont élaborées et finalement à la question de savoir qui les édicte, et qui en bénéficie.

Au départ, tout paraît relativement simple : Le travail de normalisation peut répondre dans certains cas à une volonté du législateur, qui fixe quelques « règles du jeu » minimales. Mais il répond surtout, en théorie, au besoin de rendre « interopérables » et « communicants » les systèmes entre eux, et surtout à faciliter leur mise sur le marché et leur circulation dans une économie mondialisée.

Au final, c'est surtout de luttes de pouvoirs pour savoir qui contrôlera le marché qu'il s'agit. La norme devient une arme clé dans la guerre économique. Qui contrôle la norme, et de préférence au niveau le plus « bas », et au niveau le plus fin, contrôle le marché. Vous êtes le premier à mettre sur le marché une nouvelle technologie ? Inondez le marché au plus vite, et surtout fréquentez assidûment les instances de normalisation et prodiguez leur généreusement vos conseils. Vous arrivez après, mais qu'importe, vous êtes plus gros, plus riche et plus puissant que votre concurrent ? Concevez votre propre norme, si possible à l'aide de quelques alliés puissants, et vous  évincerez « en douceur » votre adversaire. Tout ceci bien sûr dans l'intérêt du consommateur, puisqu'il aura à sa disposition des produits « standards », maîtrisés, sûr et communicants.

On se souvient par exemple de la guerre des standards pour les cassettes vidéos, de celle sur les téléphones mobiles, ou encore, aujourd'hui, sur les fameuses étiquettes dites intelligentes (RFID). Le plus souvent, plusieurs acteurs puissants s'organisent et passent une alliance pour définir le futur standard du marché. Dans le domaine des systèmes d'exploitation pour ordinateurs personnels, on est bien obligé de constater qu'un acteur du marché fixe à lui seul le standard de fait, depuis maintenant une vingtaine d'années. C'est donc, dans l'intérêt de l'utilisateur bien sûr, une sorte « d'oligarchie » économique qui met au point et édicte les standards qui lui conviendront, à elle, et lui permettront de consolider sa domination sur le marché. Dans un système théoriquement dominé par le marché (l'utilisateur), c'est bel et bien le fournisseur, et non le client, qui fixe la norme.

A l'opposé du concept d'émergence (bottom-up) sur lequel je reviendrai plus loin, c'est bien une approche top-down qui domine.

Quelles en sont les implications ? J'en vois trois principales :

  1. Malgré la transparence théorique du produit fini (la norme), le processus qui conduit à son élaboration se fait essentiellement sans impliquer l'usager, qui au passage est aussi un client et un citoyen. La norme étant généralement un document technique destiné à des techniciens, sa compréhension échappe largement aux citoyens, et relève des seuls experts.  De nombreux aspects éthiques sont souvent « oubliés » dans la réflexion (Où sont les données ? Qui peut les lire ? Pendant combien de temps sont elles conservées ?), ou ressurgissent, trop tard, sous forme de polémiques interminables.

  2. Ce mode d'élaboration des normes techniques installe de fait une coupure vis à vis de l'usage qui sera fait effectivement de l'outil, et des motivations réelles de l'usager. Vieille question qui agita jadis les évolutionnistes : Est-ce l'organe qui crée la fonction ? (L'outil qui fait l'usage ?) ou la fonction qui crée l'organe (l'usage qui détermine l'outil ?). Combien de fois sommes nous, simples usagers, obligés de nous adapter à un outil répondant mal à nos besoins, alors que nous aurions tant aimé avoir un outil qui s'adapte à notre usage...

  1. Enfin, et c'est peut être le plus grave, je vois dans tout cela comme une négation de la complexité du monde réel, des dynamiques d'interactions sociales, culturelles, et environnementales, et des ruptures que sont susceptibles d'introduire certaines innovations. Comme une dangereuse volonté de simplification forcée. Réductionnisme et déterminisme contre approche systémique et globale ? Si c'est le cas, c'est à une extrême fragilisation du système, dans son ensemble, qu'il faut s'attendre. Comme un château bâti sur des sables mouvants. Forcer son environnement à s'adapter, plutôt que de s'adapter à son environnement est hélas bien dans les habitudes de l'humanité, depuis quelques milliers d'années en tout cas. Mais nous constatons aujourd'hui les limites de cette attitude...

Alors quelles réponses apporter, face à ce constat ?

Faisons preuve d'un peu de modestie, et prenons exemple sur le vivant : Celui-ci nous inspire déjà, à travers le « biomimétisme », de nombreuses innovations technologiques (je citerai par exemple le « Velcro ». Peut-être peut-il aussi nous inspirer une autre façon d'innover. Depuis 3,8 milliards d'années, sans interruption, le vivant est là. Il a su s'adapter à des bouleversements prodigieux de son environnement, en s'adaptant et en innovant sans cesse. Que nous apprend-il ?  Que l'innovation ne suit pas un processus linéaire, mais au contraire chaotique. Qu'il n'existe d'équilibres qu'en mouvement, dynamiques, comme un cycliste qui tombe s'il cesse d'avancer. Que la complexité est là, et que c'est à nous de nous y adapter. Elle peut même être une source d'enrichissement et une véritable « assurance vie » face à l'incertitude. Alors que vouloir tout simplifier revient à mettre la tête dans le sable. Enfin, dans le vivant, et à quelque niveau d'analyse que l'on se place, c'est le « bottom-up » qui gouverne l'évolution. Le « top down » n'existe pas, sauf à prendre à la lettre les thèses créationnistes. C'est bien « d'émergence » qu'il s'agit, lorsque qu'apparaît un niveau d'organisation supérieur, et lorsque les propriétés d'un système deviennent supérieures à celle des éléments qui le compose. C'est aussi d'émergence que l'on parle lorsque une espèce (une innovation) qui se trouve être bien adaptée à son environnement s'y épanouit, au moment ou d'autres disparaissent. Pour clore cette comparaison avec le vivant, cette petite métaphore, forcément simplificatrice : L'espèce qui réussi (l'innovation) n'est pas celle qui est imposée par son créateur (le fournisseur) à un environnement (la société) hostile ou simplement sceptique. C'est celle qui, tout simplement, saura y trouver sa place.

C'est à nous tous, consommateurs tout autant qu'industriels, que s'adressent les leçons de cette « écoute du vivant ».

En tant qu'usagers, nous devrions sans doute nous réapproprier les outils. Ne pas « accepter sans comprendre », ce qui ce passe dans toutes ces « boîtes noires » qui font désormais notre quotidien, mais réfléchir à leurs apports réels, à leurs impacts sur nos vies, et à ce que nous voulons vraiment. Mieux les maîtriser nous aidera à mieux maîtriser notre futur. Et gardons à l'esprit ces questions : Qui asservit qui ? L'outil sert-il mes objectifs, ma volonté ? Ou, comme l'anneau de Frodon, m'impose t-il sa propre volonté ?

En tant que producteur d'innovation et acteurs économiques, les entreprises (et les administrations concernées) seraient peut-être bien inspirées de réfléchir à la façon d'innover autrement, en écoutant l'ensemble des parties intéressées, en acceptant la complexité et les contradictions, voire ce qui leur semblera relever de « l'irrationnel » chez leurs interlocuteurs. Sur le processus d'innovation lui même, le monde du logiciel libre, sur le modèle de « la cathédrale et le bazar » montre peut être la voie. L'outil y est le résultat d'un travail collaboratif, d'itérations nombreuses et « chaordiques » entre utilisateurs et développeurs, ce qui permet une personnalisation poussée et une adaptation fine de l'outil à l'usage qui en sera fait.  La norme existe, mais elle résulte de ce même processus, et répond à un impératif simple : Nous devons communiquer pour travailler et produire ensemble. Enfin, la question du « sens » d'une innovation, et de son impact à court et long terme sur les comportements, la cohésion sociale, les libertés individuelles, les cultures et l'environnement devrait être présente tout au long du processus d'innovation et de normalisation. « L'éthique » de l'innovation (et pas seulement en biologie et en médecine, ou ces questions sont déjà présentes et mêmes réglementées) est une discipline encore à inventer.

19 mars 2006

Le management de l'intelligence collective

Les citations des deux notes précédentes sont extraites du livre d'Olivier Zara :

"Le Management de l'Intelligence Collective"

Bien que ce livre appartienne à la catégorie des livres de management, qui n'est pas a priori un genre littéraire que je goûte particulièrement, j'ai pris un réel plaisir à le lire, et même à le relire récemment. Les processus de consultation, de recherche de solutions, de décision et de capitalisation de l'information sont souvent d'une importance cruciale lorsqu'il est question de choix engageant une entreprise ou un collectif, et ce particulièrement dans le cadre d'une démarche de développement durable.

D'ailleurs, de la baie des cochons à la libération ratée des otages américains en Iran, l'histoire regorge de fiascos qui trouvent leur origine en grande partie dans des processus de prise de décision collectifs inadaptés. La lecture de ce livre, et l'application des quelques principes de base qu'il propose, devrait donc être utile à beaucoup.

Autre mérite du livre, et non des moindres, c'est qu'il a lui même été écrit selon un processus collaboratif, en application des préceptes qu'il recommande.

Et si vous êtes amateurs de citations, vous en trouverez en quantité et en qualité !

En voici deux autres :

"Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts"
Isaac Newton

"La seule voie qui offre quelque espoir d'un avenir meilleur pour toute l'humanité est celle de la coopération et du partenariat"
Kofi Annan

Pour en savoir plus :

- Le portail collaboratif R&D d'Axiopole
- Le site du livre

08 mars 2006

ECORESP : Actions possibles pour une économie responsable

L'association ECORESP a réalisé, sous la direction de Corinne Lepage, ancien ministre de l'Environnement, le premier livre débat sur l'économie responsable.    

Ce livre est le fruit d'un travail collaboratif mené pendant plusieurs mois par des professionnels des questions environnementales (chefs d'entreprises, fonctionnaires territoriaux, consultants, etc.) soucieux de développer une  vision alliant réalisme et optimisme d'une nouvelle économie conjuguant performance économique et respect de l'environnement.

A partir du recensement de bonnes pratiques en France, en Europe et dans le Monde, ce livre-débat expose les raisons du retard français en la matière et propose des pistes innovantes pour sortir des blocages actuels.

Dans 12 secteurs d'activités (énergie, santé, commerce, eau, air et bruit, économie des matériaux et gestion des déchets, agriculture, chimie, industrie, bâtiment, transports, finances), ce livre met en débat près de  200 propositions qui pourront être les moteurs de l'emploi de demain.

Pour télécharger gratuitement (et tout à fait légalement), le livre blanc ECORESP 2006, cliquez ici !

05 mars 2006

Sur le chemin d'un développement durable

Une petite histoire (drôle ?), en forme de métaphore, sur la difficulté d'accompagner les entreprises et les territoires sur le chemin du développement durable :

"Un Scout rentre au camp le soir et s'en va trouver son chef :

  • Chef, aujourd'hui j'ai fait une B.A. !
  • C'est bien. J'espère qu'elle était importante et difficile, parce que tu n'en fais pas si souvent ...
  • Ah oui, elle était difficile !
  • Bien, et qu'est-ce que tu as fait ?
  • J'ai aidé une vielle dame à traverser la rue.
  • C'est bien, mais on ne peut pas dire que ce soit difficile ...
  • Ah si, ça l'était. Parce qu'elle ne voulait pas !

..."

10 février 2006

Vers l'infini et au delà !!!

Je termine ce soir ma mission à la Fondation Scientifique de Lyon, où j'ai, dans le cadre de la préparation de Biovision 2007, contribué à l'élaboration du programme pour sa partie liée au développement durable, à l'environnement, aux énergies renouvelables et aux nanotechnologies.

Outre un aspect "classique" de mise en place de gestion de projet (tableaux de bord, suivi d'avancement, reporting), J'ai eu l'occasion d'y mener une action de veille et de prospective, d'inventorier les acteurs industriels, universitaires et ONG au plan mondial, et d'identifier les intervenants et "Chairs persons" potentiels, ainsi que des organismes partenaires.

Mission accomplie : Je suis maintenant disponible pour de nouvelles aventures.

Buzz

Qu'on se le dise !

06 janvier 2006

Global footprint killers !

On se souvient des "costs killers", ces managers hyperactifs - et pour certains hypermédiatisés - des années 80 et 90. Ces grands professionnels, efficaces et talentueux, ont connus l'apogée de leur gloire dans une société dont le maitre étalon, la valeur à l'aune de laquelle tout était jaugé, s'appelait l'argent, le KF, le K€, ou mieux,  le MF ou le M€. Leur talent incomparable pour redresser les entreprises en difficulté, en taillant dans leurs coûts et en particulier dans leur masse salariale, a dans certains cas eu des résultats surprenants, transformant des "canards boiteux" en bêtes de courses.

Dans d'autres cas, au pire, on vendait par appartement et on retirait ses marrons du feu avant qu'il soit trop tard.

Les centaines, milliers voire dizaines de milliers d'emplois supprimés lors de ces "redressements" ne les ont apparemment pas empêché de dormir. Ou alors ça ne se voyait pas trop.

Les "costs killers" sont encore actifs, même s’ils sont moins valorisés (en termes d'estime publique), et moins visibles.

Mais aujourd'hui, alors qu'ils ont pour l'essentiel accompli leur "mission", peut être que le moment est venu de passer à d'autres priorités, et à une autre génération de managers, pour relever d'autres défis. (Sans exclure que certains "costs killers" puissent évoluer, leur énergie et leurs compétences pouvant être utilisées autrement.)

L'usage immodéré que nous faisons, et nous sommes tous concernés (par les conséquences) et impliqués (dans les causes), de ressources naturelles limitées devrait nous inciter à réfléchir aux moyens de réduire, et même d'inverser, la pression que l'économie exerce sur l'environnement. Pression qu'on peut évaluer - plus que mesurer - à l'aide d'un indicateur comme l'empreinte écologique (global footprint en anglais).

Pour réduire notre empreinte écologique, les leviers d'actions sont nombreux : amélioration de l'efficacité énergétique, recherche d'alternatives au pétrole, réduction, réutilisation et recyclage de l'eau et des matières premières, techniques "douces" de dépollution et de remédiation, optimisation des flux, et des procédés, lutte contre l'érosion, etc.

Tout cela passe par des changements de "business model", par une modification en profondeur des stratégies d'entreprise, et par la mise en œuvre d'outils tels que les systèmes de management environnementaux ou l'éco conception.

Quelque soit leur domaine d'activité, l'avenir appartient aux entreprises qui sauront à temps prendre la mesure des vrais enjeux et aborder ce nouveau virage.

Vous êtes chef d'entreprise ? Dites vous que des changements profond se préparent dans notre écosystème, mais aussi dans les esprits : Préférez-vous les subir, les accompagner ou les anticiper ?

Vous vous sentez l'âme d'un "global footprint killer" ? Vous êtes le manager de demain.

Sortez du bois et faites vous connaitre !

10 octobre 2005

Appel à témoin

Non, ça n'est pas Jaques Pradel qui vous parle. C'est bien moi, Emmanuel Delannoy.

En fait, cette note s'inscrirait plutôt dans le cadre d'une suite : "Biotechnologies et développement durable II : La mission". Le I n'était pas mal, il paraît (c'est pas moi qui le dit, alors excusez ce rare moment d'immodestie), alors vous allez aimer le II. Et surtout, vous aller y contribuer !

Dans le cadre de mes activités professionnelles (préparation d'un Forum Mondial en 2007), je suis à la recherche d'informations et de contacts sur les biotechnologies blanches (industrie et environnement), notamment dans les sous domaines suivants :

- Nanobiotechnologies (Recherches en cours, applications, acceptation sociale, ...)
- Nouveaux carburants, Biomasse, valorisation des déchets organiques, et globalement tout ce qui touche à la fois aux énergies renouvelables et aux biotechnologies,
- Biotests, biomarqueurs (à vocation industrielle ou environnementale), bioremédiation.

Evidemment, je m'intéresse surtout aux signaux faibles, aux nouvelles tendances, à l'émergence.

Vous êtes étudiant, chercheur, entrepreneur, journaliste, responsable d'association ou d'ONG, ou simplement observateur curieux et éclairé, votre avis et votre témoignage m'intéresse.

Vous pouvez me contacter directement par mail, par téléphone ou en laissant un commentaire à cette note.

Bien à vous,

Emmanuel Delannoy
06 83 55 66 25

07 octobre 2005

Concertez vous !

Mot à la mode, mot valise ou mot clé, il est beaucoup question ces temps-ci de concertation (Publique, citoyenne, ...). Ce qui est à mon sens plutôt encourageant. Reste à définir plus précisément ce qu'est la concertation, ce qu'on peut en attendre, et ce qu'on ne doit pas en attendre ...

Lors d'un débat qui s'est tenu lors du récent forum Envirorisk, à Aix-en-Provence, j'ai écouté avec intérêt les propos tenu par Mathieu Leborgne, sociologue, politologue, intervenant notamment pour l'association Arenes.

Il est comme souvent plus facile de définir la concertation en commençant par ce qu'elle n'est pas :

  • Elle n'a pas pour objet de faire adhérer à une position défendue a priori par l'une des parties,
  • Elle n'a pas pour objectif de rechercher un consensus (et oui, je sais, c'est dur, mais il va falloir l'admettre, et accepter de vivre sans...)

Ce qu'elle permet, par contre, c'est :

  • D'initier un processus de co-construction,
  • De créer une "communauté débattante",
  • D'exprimer les tensions et de les isoler le cas échéant.

Ce n'est que lorsqu'on est conscient des forces et des limites de la concertation, qu'elle devient réellement productive. Isoler les "tensions", et déterminer les zones de convergences possibles, permet d'avancer. Concerter n'est pas négocier. Mais cette étape peut permettre, à condition que ce soit accepté par les parties concertantes, de bâtir le socle d'une future négociation.

Pour plus d'information, je vous invite à consulter le site d'Arenes. Enfin, les actes du Forum Envirorisk, pour ceux que ça intéresse, seront prochainement en ligne sur le site. A surveiller.

16 septembre 2005

Une innovation majeure dans la propriété intellectuelle en biologie

Depuis quelques années, je me demandais quand ça arriverait. Des chercheurs, journalistes, observateurs l’avait relevé : Il était devenu de plus en plus difficile, sans même prendre en considération l’aspect éthique des choses, de progresser dans la recherche en biologie, tant le brevet, utilisé de manière offensive, devenait un frein plus qu’un moteur pour l’innovation dans ce domaine.

L’article de Krishna Ravi Srinivas, « La cause des biolinuxes », ou celui de Dorothée Benoit-Browaeys « Quand les brevets bloquent la recherche », et d’autres, en témoignent (voir notamment les ressources citées à la fin de ces articles, ou la bibliographie de ma thèse « Biotechnologies et développement durable »).

Certaines initiatives, comme celle de la Fondation Rockefeller, nommée PIPRA, ou une initiative commune aux organismes de recherche en agronomie en France, allaient dans le sens de la création de pools de brevet, afin d’assouplir la circulation de la connaissance.

Je précise que je n’ai fondamentalement rien contre le principe même du brevet. Dans la lettre et dans l’esprit, cet instrument de protection de la propriété intellectuelle permet d’assurer un double objectif : Protéger l’inventeur, en lui assurant une période d’exclusivité sur le fruit de son travail, censée augmenter ses chances de rentabiliser celui-ci, et assurer la diffusion de l’information, indispensable à la poursuite de la recherche et de l’innovation.

Mais ces dernières années, cet instrument est souvent utilisé de manière détournée, afin d’en faire une arme permettant de bloquer, ou en tout cas de ralentir significativement la progression de ses concurrent. L’obligation de publication était souvent elle-même détournée (Voir notamment cette discussion).

Le succès des licences de type « Open Source », dans le domaine du logiciel, et celui des licences « Creative Commons », dans le domaine de la publication scientifique, entre autres, laissaient entrevoir de possibles évolutions dans le domaine de la protection des inventions en biotechnologies.

L’enjeu est de taille : Le renchérissement de la recherche consécutif aux exigences de licences de la part de détenteurs de droits contribuait encore en accroître la fracture existant entre le nord et le sud dans ce domaine. Alors que les enjeux du sud (Maladies tropicales, aridité des sols et avancées des déserts), sont énormes et nécessitent des investissements importants en recherche dans les sciences du vivant.

Une initiative vient d’émerger, avec le lancement par Cambia de l’initiative BIOS et notamment de la licence « Biological Open Source ». Cette licence est déjà utilisée pour protéger plusieurs technologies; et permet, tout en protégeant l’inventeur d’une technologie, d’en assurer efficacement la diffusion et l’amélioration par une approche collaborative.

C’est une avancée importante, qui vient enrichir un peu plus la panoplie des instruments de protection de la propriété intellectuelle, permettant à chaque acteur des biotechnologies (Fondation, organisme de recherche public, entreprise privée), de se construire sa propre stratégie.

D’autres initiatives viendront. Comme quoi, l’innovation n’est pas limitée au champ technologique, mais aussi à l’environnement juridique qui l’entoure.

Et l’expérience du logiciel montre que plusieurs instruments peuvent coexister avec succès, permettant à de nouveaux modèles économiques d’émerger.

25 avril 2005

Une démarche générique de développement durable

“Le développement durable ne constitue pas une couche de plus,
il consiste à accomplir différemment ce que l'on faisait jusqu'ici.”

Christian Brodhag,
Délégué interministériel au développement durable

Introduction :

Quelque soit votre statut (entreprise, collectivité, association), ou votre activité, mettre en oeuvre une démarche de développement durable a pour principal objet d’assurer l’intégration des trois piliers que sont les aspects économiques, sociaux et environnementaux au coeur du processus décisionnel. Cette dimension transversale nécessite une approche interdisciplinaire pour appréhender efficacement la complexité inhérente à ce type de projet.

Cette approche reposera idéalement sur une boucle d’amélioration continue, dont voici les principales étapes :

Etape 1 : Inventorier les partenaires et acteurs, élus, institutions, entreprises et autres acteurs économiques, scientifiques, experts, associations et autres parties intéressées. Mettre en place un processus permanent de dialogue formalisé avec chacune d’elles.

Une veille permanente doit permettre de disposer d’une information à jour sur les parties intéressées et leurs attentes, la réglementation, l’état de l’art des technologies disponibles et les bonnes pratiques.

Etape 2 : Planifier les priorités d’action, en cohérence avec la politique que vous vous êtes fixé, vos moyens économiques et les attentes des parties intéressées. Le plan d’action devrait respecter l’aspect multidimentionnel du développement durable, en prenant notamment en compte :

  • La performance économique durable,
  • La cohésion sociale,
  • La préservation des services écologiques assurés par la biodiversité, la préservation des resources en eau et en sols, et la lutte contre les pollutions et l'effet de serre.

Etape 3 : Mesurer l’efficacité de chaque action conduite ainsi que celle du plan d’action dans son ensemble, sur la base de résultats concrets. A chaque priorité d’action devrait donc être associée, dès sa conception, les indicateurs de mesure ou d’évaluation de la performance pertinents.

Etape 4 : Evaluer, selon une périodicité adaptée, chaque action à l’aune des résultats concrets obtenus. Une revue périodique formelle réunissant les acteurs clés, les parties intéressées et les instances décisionnelles devrait être organisée pour chaque programme d’action.

Etape 5 : Améliorer de manière continue le plan d’action et les moyens mis en œuvre, en fonction des résultats du processus de veille, de la mesure des performances obtenues et de la revue périodique.

Une telle démarche nécessite de mettre en place une dynamique d’intelligence collective impliquant l’ensemble des acteurs concernés, et recherchant systématiquement les synergies possibles entre les différentes activités et ressources de votre organisme.

Mettre en oeuvre et piloter ce type de démarche est au coeur de mon projet professionnel. Vous voulez en savoir plus ? Quoi de mieux que de m'envoyer un courriel, ou de me contacter directement au + 33 (0)6 83 55 66 25.

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  • Vivant
    La revue des débats sur les biotechnologies, la recherche et les sciences du Vivant
  • Vivagora
    Un espace de veille et de débats citoyens sur la science, l'innovation, la santé, l'environnement.
  • info veille biotech
    Information et veille pour les acteurs de la biotechnologie.
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